13/7/2018 : les Jambiens

Depuis deux semaines, je vais aux Jambiens et j’adore : je rencontre plein de monde, les activités sont sensas, ça brise ma solitude. Bon, la semaine dernière j’ai essayé Pyramide, on m’a écolée, mais je ne me sens pas du tout capable, je n’y retournerai pas, je pense essayer le scrabble. Là où je vais continuer, c’est les « loisirs créatifs », les participantes sont hyper douées, elles font du tricot, du crochet, dingue. Moi je tente pour la première fois depuis l’accident le point de croix. J’adorais ça avant. Of course, comme je vois double, ce n’est pas facile, et je dois enlever mes lunettes pour le faire, et vu que je suis hyper myope, je colle mes yeux à mon ouvrage, c’est hyper sexy et ça stresse les participantes, mais j’adore, même si je suis hyper lente. Voici mon début, je vais continuer ça chaque semaine, yesss.

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30/06/2018 : William Lennox

Comme régulièrement depuis que j’ai quitté les lieux le 11 septembre 2015, je suis retournée à William Lennox, voir le neurologue qui s’est occupé de moi, le docteur Willemart, pour faire un bilan. Il me pose pleins de questions sur ma vie, ce que j’en fais et puis il me fait avancer pour évaluer ma marche.

Aller à Lennox est toujours étrange pour moi car je ne sais pas dire si j’aime y retourner ou si je déteste.

J’aime car je revois ma kiné adorée, Eline, ça me rappelle l’aide qu’elle m’a apportée. Je revois aussi plein de gens géniaux : Philippe, Céline…et j’en oublie plein, car je les ai oubliés ou j’ai oublié leur nom, mais Eline, Céline et Philippe sont ceux qui m’ont le plus marquée. J’aime car j’en suis sortie, et je suis rentrée chez moi, avec un chouia d’autonomie, je suis rentrée dans ma ville adorée, dans ma maison adorée et près de mes chats adorés. Et puis Lennox fait maintenant partie de mon vécu.

Je déteste car ça me rappelle plein de souvenirs atroces, quand j’ai pu me rendre vraiment compte que j’y étais, notamment les retours le dimanche soir, après une nuit et une journée en dehors de Lennox, j’aurais tout donné pour ne pas y retourner.

Comme je l’ai dit à mon beau-frère qui m’y a conduite : une fois ok, mais si je dois y retourner, jamais de la vie, je me tue.

Ça me rappelle aussi ces travaux que j’entendais (que je subissais…), car le nouveau hall et la nouvelle cafétaria étaient en cours de construction.

Bref, un sentiment mitigé.

Et hier, je suis retournée à Lennox.

Comme chaque fois, je passe au premier étage, où je logeais d’avril à septembre 2015 (donc quand j’allais « mieux »), revoir ma chambre, le couloir, les salles de kiné, le local des infirmières… Le hasard a fait que j’y ai vu Eline et Céline. J’avais dit à Eline que j’avais rendez-vous avec le docteur Willemart, et elle devait passer me voir en salle d’attente et puis, super hasard, je la vois à l’étage où j’étais. Keske j’étais contente de la revoir, je lui donne régulièrement de mes nouvelles pas mail, mais là je l’ai vue en « vrai » mdr, on a bien causé, j’ai dit que je m’étais pas rendue compte à l’époque que j’étais dans la chambre 169, « 69, année érotique », on a bien ri, puis elle m’a fait marcher avec mon rolateur pour regarder ma marche (professionnelle jusqu’au bout), puis j’ai regardé toutes les photos des « sorties » de mon étage, et me suis vue lors de la sortie minigolf, à Chevetogne je pense, en 2015. J’ai vu aussi une photo de Véronique, que je vois au Ressort, elle était à Lennox en 2016, donc après moi. Dommage, j’aurais aimé la croiser en chambre et durant les repas.

Je suis allée dans la nouvelle cafet, qui n’existait pas quand j’y étais, car j’étais 45 minutes avant mon rendez-vous. Je pensais prendre une boisson, mais finalement j’ai pris des manons glacées de Léonidas (j’en ai mangé deux fois dans ma vie, chaque fois à Lennox – je parle des manons glacées, les « vraies » manons, j’en ai mangé… euh, je dirais un nombre incalculable de fois)). Je suis allée en salle d’attente à 14h05 et le docteur m’a reçue.

Ce qu’il me dit à chaque visite est « parole d’évangile » (ouais, c’est mon dieu).

Quand il m’a dit que je devais réessayer de prendre le bus, le lendemain j’avais ma carte et deux jours plus tard je réessayais le bus. C’est dur mais j’y arrive et si quelque chose se passe mal, vu mon énoooorme sensibilité depuis l’accident, je pleure bruyamment, je hurle et tout le monde me regarde. Je m’en fous, je ne connais plus la honte.

Quand il m’a dit de recréer une vie sociale, perdue vu que je ne bossais plus, et m’a parlé du Ressort à Gembloux, pour cérébrolésés comme moi, c’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd et dès que j’ai pu, j’y suis allée et j’ai rencontré des gens super. J’y vais toujours deux fois semaine.

Il m’a donc interrogée, m’a dit que j’avais pris du poids, pense que c’est car je suis plus zen (moi je pense que c’est parce que je boufffffffffffffe), m’a fait marcher avec et sans rolateur, a confirmé que je marche toujours comme un robot, raiiiiiiiiiiiide, mais j’avance, et je suis plus sûre de moi d’après lui, moins peureuse quand j’avance. J’ai dit que j’étais inscrite aux Jambiens et que j’allais participer aux activités, il était content de savoir que j’avais trouvé ça moi-même, sans être conseillée. Je fais donc preuve d’initiatives, ben comme avant quoi (avant : cours de piano, ateliers d’écriture à La Plante, à Namur, atelier de peinture à la Maison de l’Ecologie…), mais c’est vrai qu’il ne me connaissait pas, avant.

Il m’a demandé si je réécrivais comme avant, j’ai dit qu’un peu, mains moins qu’avant. Et comme une parole d’évangile, ça m’a fait réfléchir et écrire ce (looooooooog, comme avant) billet.

29/05/2018 : pataugaaaaaaaaaaaaaaaaaas

 

Première fois que je remets ces jolies chaussures pataugas depuis 2014, j’adoooooooooooore.

J’aime pataugas, j’ai toute une collection de bottes et de chaussures d’été, mais depuis l’accident je ne mets plus qu’une paire de basket noires pataugas montantes que ma sœur a achetées pour moi en 2017 sur le net.

Mais là trop chaud, donc j’ai réessayé ceci.

Bien sûr, j’ai mis mes talonnettes dedans, comme Sardou, mon corps y est habitué sinon je pars vers l’arrière.

Bien sûr, j’ai mis mes bas de contention.

Bien sûr, j’ai mis des sparadraps sur mes orteils, car je les ai aussi sensibles qu’avant.

19/05/2018 : Collège saint-Ghislain, jour 3 (dernier jour)

2018 05 18 (2)2018 05 18 (3)Troisième et dernier jour à l’école saint-Ghislain.

Je suis habituée maintenant : la cour avec son escalier et sa rampe que je prends, la porte vers le premier et la salle où Marine fera son exposé puis moi mon témoignage. Les doigts dans le nez quoi… non je rigole, heureusement que quand je ne sais plus quoi dire je regarde Marine, car elle sait toujours me poser une question pour me relancer.

Les deux heures se passent bien, je raconte un truc marrant qui ne fait pas rire le premier groupe, alors au deuxième groupe je raconte à nouveau le prénom que je donnais à mon beau-frère, Anus, et ils rient. Ça, il s’en souviendront !

A 16 h, Marine me dépose au Sac et j’attends le chauffeur de la Croix Rouge au Sac du Ressort et j’ai la « preuve » directe pratique d’un des effets de la cérébrolésion sur moi, que j’ai raconté aux élèves : à 16h10 il n’est pas là, alors j’ai d’abord la larme à l’œil, puis des gros sanglots car je pense qu’il m’a oubliée, bouhouhou. Il arrive à 16h15 en s’excusant car il s’est trompé d’endroit, je suis en larmes mais sa vue me rassure, ouf ouf ouf. J’arrête de suite de pleurer à gros sanglots, mais je suis définitvement devenue super émotive….

Je rentre chez moi épuisée mais ravie de cette expérience.

27/11/2017 : texte écrit pour le nano (le reste de mon récit suivra)

Nanowrimo 2017 : second life

Je suis née le 5 décembre 1972.

 Je suis née une seconde fois le 20 décembre 2014.

 J’adore les chats, et ils ont neuf vies. Je suis donc à ma seconde, il m’en reste sept. Yes, que du bonheur.

 Mais je ne suis pas un chat, et j’ai failli perdre brutalement ma première vie, et bien sûr ne pas en vivre de seconde.

 Ce livre est donc le récit de ma second vie, avec en plus ce que j’ai écrit pour mon blog, racontant ma seconde vie, ses joies, ses peines, ses difficultés. Et en bonus le petit livre écrit en octobre 2015 pour le Nanowrimo, racontant mes vies avant et après l’accident.

 Et pour commencer en « beauté », je me dois de raconter (encore une fois, je radotais déjà, mais maintenant c’est pire) ce qui m’est arrivé :

 Le 20 décembre 2014, je ne me souviens de rien mais on me l’a raconté.  Donc ce samedi 20 décembre 2014, j’allais à pied à mon atelier d’écriture et quand j’ai traversé sur le passage pour piétons, ce fut « paf l’Anaïs », comme paf le chien. Je suis de suite tombée dans le coma et non, on ne voit pas sa vie défiler, on ne rencontre pas de défunts, que dalle de chez que dalle. J’ai été emmenée dans le coma en ambulance à l’hosto, où ils m’ont opérée du cerveau de suite. Puis je suis restée en chambre quasi un mois. Aucun souvenir je vous dis. Je suis sortie du coma, puisque là je vous écris, mais on était en janvier 2015. Fin janvier 2015, paraît que j’ai été transportée en ambulance du CHR de Namur à William-Lennox, centre de revalidation. La gloire quoi : moi dans un engin qui fait pinpon, waw. J’étais sortie du coma, mais aucun souvenir, je suis restée des semaines (des mois) dans le cake : sur une chaise roulante, tête attachée sinon elle faisait crac boume hue (comme un joujou extra), bref un légume. Ou une éponge, puisque j’ai appris bien plus tard que c’était le seul animal sans cerveau : une bestiole qui me ressemble quoi.

Petit à petit, trèèèèèèèèès lentement, j’ai récupéré un peu (certains diront beaucoup, mais c’est relatif ça). Et en avril 2015, la kiné de William-Lennox, que j’adore d’amour, je la voyais tous les jours, elle m’a beaucoup aidée et m’a vue passer d’une chaise roulante où j’étais un légume incontinent (ouiii, les légumes font pipi) à une marche trèèèèèèèèèèès lente et vacillante, en rolateur ; donc cette kiné géniale m’a proposé de descendre « vivre » au premier, ce que j’ai bien sûr accepté. Et je suis passée de « la plus jeune et la plus valide du 2e » à « la plus vieille et la plus handicapée du 1er ». Keske j’ai eu dur et keske j’ai pleuré. Car mon cerveau allait un peu mieux et je réalisais vraiment l’ampleur des dégâts et dans quelle merde je me trouvais. Avant, je ne réalisais pas trop, un légume je vous dis, je « vivais » au jour le jour, j’avais des visites, je reconnaissais un peu les gens, mais sans savoir d’où puisqu’une amie vient de me dire que je l’ai interrogée lors de sa venue « t’es une collègue c’est ça ? », et à mes deux collègues qui venaient me voir j’ai dit « oooh vous venez voir quelqu’un ici, je suis là aussi, quel heureux hasard », sans réaliser qu’ils venaient pour moi.

 

 (à suivreeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee)

 

Je dors très mal et je suis réveillée toutes les nuits, alors soit je vais sur Facebook via ma tablette, soit je regarde des films ou des émissions enregistrées sur mon Voocorder, et en ce moment y’a deux téléfilms de Noël sur TF1, chaque après-midi (ouais, ça a commencé en novembre, Saint-Nicolas n’est même pas encore venu qu’on parle déjà de Papa Noël ; C’est une ordure, vu qu’il ne m’a pas protégée quand une voiture m’a renversée le 20 décembre 2014, mais que soit.)

Et quand, une nuit comme une autre, je regardais un téléfilm de Noël, où l’actrice meurt renversée par une voiture (ben voyons) et revient sue terre faire une BA pour gagner son paradis et la narratrice dit : « parfois il faut aller jusqu’à mourir pour prendre conscience de son envie de vivre ».

Clair et net comme clarinette, comme disait mon ex.

Ce qui est stupéfiant c’est le nombre de personne qui me répondent « moi aussi j’ai ça, c’est l’âge », quand je parle de mon manque du mot. Le manque du mot, c’est manquer de mot, qui l’eut cru (lustucru), mais c’est manquer tout le temps de mots, ne pas savoir dire tomate, œuf (ça c’était avant) ou gobelet (ça c’était au Quick samedi dernier, heureusement j’ai deux mains pour montrer l’objet).  Donc rien à voir avec les petits oublis de mots liés à l’âge, ici c’est la cérébrolésion, mais faut le vivre pour piger. Et encore, comme m’a dit l’adooorable éducatrice du Ressort, une cérébrolésion n’est pas l’autre, les conséquences varient fort, du manque du mot au manque de concentration, en passant pas le manque de mémoire et … ah ben j’ai oublié.

 

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